Paella mixte : la recette authentique de la Riviera espagnole
Poulet, fruits de mer, riz J. Sendra, safran. Pas une trahison de la valenciana, mais une cousine plus jeune née sur la côte d'Alicante. Voici son histoire, sa recette, et pourquoi c'est devenue la paella la plus servie en Suisse romande.

« Vous faites la paella mixte ? » C'est la question numéro un que je reçois quand quelqu'un m'appelle pour un mariage ou un anniversaire. La réponse est oui, je la fais — et même très souvent. Mais avant de la mettre dans votre devis, je veux que vous sachiez ce qu'elle est, d'où elle vient, et pourquoi elle mérite mieux que sa réputation de "paella du touriste".
La paella mixte — paella mixta en espagnol, ce qui veut littéralement dire « paella mélangée » — combine viandes terrestres (poulet, parfois lapin) et fruits de mer (gambas, moules, calamars). Elle est aujourd'hui, et de loin, la paella la plus commandée pour les événements en Suisse romande. Plus que la valenciana, plus que la marisco, plus que la végétarienne. Et il y a trois raisons concrètes à ça.
Une cousine, pas une trahison
Premier malentendu à dissiper : la paella mixte n'est pas une valenciana défigurée. C'est un plat distinct, avec sa propre histoire, son propre territoire, sa propre logique culinaire. Elle est née dans les années 1960 sur la Costa Blanca — la côte sud de la province d'Alicante, entre Dénia et Torrevieja — au moment où le tourisme européen découvrait l'Espagne.
Les restaurants de bord de mer faisaient face à un problème pratique : leurs clients allemands, britanniques, suisses voulaient « la paella », mais une partie d'entre eux refusait le lapin (« encore un lapin ? »), une autre voulait des fruits de mer (« on est au bord de la mer, non ? »), et personne ne savait ce qu'était la ferraúra ou le garrofó. Les patrons d'arrocerías ont donc simplifié la valenciana et y ont ajouté ce que la mer apportait le matin même : crevettes, moules, calamars, parfois langoustines. C'est cette adaptation pragmatique qu'on appelle aujourd'hui paella mixta.
« La paella mixta n'a pas trahi la valenciana. Elle a trahi la valenciana en disant qu'elle l'était. Le jour où on a accepté de l'appeler par son vrai nom — paella mixta — la paix culinaire est revenue. »
Ce point est important pour comprendre la suite : il y a deux puristes dans l'histoire de la paella. Le purisme valencien, qui défend la liste de 2012 et les dix ingrédients officiels. Et le purisme mixte, qui défend une vérité plus discrète : la mixta a sa propre tradition désormais — 60 ans de pratique, dix générations de cuisiniers d'Alicante — et elle aussi mérite d'être faite bien, avec ses propres règles.
Les ingrédients de la vraie paella mixte
La mixta n'a pas de décret officiel comme la valenciana, mais il existe un canon non-écrit qui s'est stabilisé entre Alicante et Murcie. Voici la version que je sers, et que la plupart des bons traiteurs espagnols suivent :
- 1.Riz rond de l'Albufera (J. Sendra ou Bomba). Jamais long grain.
- 2.Poulet avec os (cuisse coupée, parfois ailes). Le lapin reste optionnel.
- 3.Gambas entières (avec tête, pour le bouillon). Idéalement gambas rouges de Dénia, sinon Argentine.
- 4.Moules de bouchot ou de Galice, déjà nettoyées.
- 5.Calamars ou seiche en anneaux.
- 6.Sofrito : oignon (parfois), ail, tomate râpée, huile d'olive vierge extra.
- 7.Poivron rouge en lanières — cuit lentement dans l'huile. La mixta l'accepte, contrairement à la valenciana.
- 8.Pimentón doux (une demi-cuillère à café). Pas fumé.
- 9.Fumet de poisson maison (têtes de gambas + carcasses + laurier).
- 10.Safran en filaments, infusé dans le fumet chaud.
Notez ce qui n'est pas dans la liste : pas de chorizo, pas de petits pois, pas de paprika fumé, pas de citron en quartier sur le dessus (ça, c'est un ajout de service américain), pas de safran en poudre industriel. La mixta accepte le poivron et le pimentón doux — c'est sa différence avec la valenciana — mais elle reste un plat équilibré.

La différence concrète avec la valenciana
Si vous hésitez entre les deux pour votre événement, voici le résumé que je donne en téléphone :
La valenciana, c'est le plat d'origine, des rizières, du XVIIIᵉ siècle. Viandes terrestres uniquement (poulet, lapin), légumineuses locales (garrofó, ferraúra), pas de fruits de mer. Couleur dorée pure, goût boisé du safran, texture sèche du riz qui colle au fond (le fameux socarrat). C'est précis, c'est austère, c'est magnifique quand on aime ça.
La mixte, c'est l'adaptation moderne, plus généreuse, plus colorée. Couleur or-rouge (à cause du poivron et du pimentón), goût plus complexe (mer + terre), grains plus humides parce que les fruits de mer relâchent de l'eau. C'est le plat parfait quand vous avez 50 invités avec des goûts différents : tout le monde y trouve quelque chose.
Pourquoi la mixte domine en Suisse romande
Trois raisons concrètes, que j'observe depuis dix ans dans la région :
1. Le lapin est culturellement difficile. En Suisse romande, le lapin reste un animal mignon avant d'être un ingrédient. Une partie significative des invités le refuseront, surtout les enfants et les jeunes adultes. La mixta contourne le problème : elle utilise du poulet, ingrédient universellement accepté.
2. Les fruits de mer signalent la fête. Dans l'imaginaire suisse, gambas et moules disent occasion spéciale. Ils ajoutent une dimension visuelle (les gambas rouges en étoile sur le riz doré) et culinaire (l'iode, le goût marin) que la valenciana, plus terrienne, ne procure pas. Pour un mariage ou un anniversaire, c'est ce qu'on veut.
3. Les goûts sont divers. Sur 50 invités, vous aurez probablement : 3-5 personnes qui n'aiment pas les fruits de mer, 2-3 qui ne mangent pas de viande rouge, 5-8 qui adorent les gambas, et 30 qui veulent simplement « la paella ». La mixte permet à chacun de prendre ce qu'il aime dans la même paella, sans avoir à faire deux plats séparés.

Les erreurs qui ruinent une paella mixte
Quand un client m'envoie une photo de paella mixte qu'il a goûtée ailleurs (« comme ça, c'est ça que je veux »), je sais en 3 secondes si c'était bien faite. Les signes d'une mauvaise mixte :
- Couleur jaune fluo uniforme → colorant alimentaire (jamais du safran). Un plat raté par paresse.
- Riz long grain qui se sépare → riz à risotto ou basmati. Le riz rond de l'Albufera est non-négociable.
- Fruits de mer décongelés sur le dessus à la fin → c'est de la décoration, pas une paella. Les fruits de mer doivent cuire dans le riz, pas dessus.
- Petits pois congelés → erreur classique francophone, comme le chorizo. Aucun rapport avec l'Espagne.
- Quartiers de citron sur le dessus → invention de service américain. En Espagne, le citron est servi à part, optionnel.
Le secret du socarrat dans une mixte
Le socarrat — cette croûte caramélisée de riz collée contre le métal au fond de la paellera — est le marqueur d'une paella réussie. Avec la valenciana, c'est facile : pas d'humidité parasite, le riz peut sécher proprement. Avec la mixte, c'est plus difficile parce que les fruits de mer relâchent de l'eau pendant les 5 dernières minutes.
Le truc : monter le feu à fond pendant 60 secondes juste avant la fin, écouter le crépitement (un son sec et craquant, jamais une vapeur d'eau bouillante), retirer du feu dès que ça commence à sentir le pain grillé. Repos 5 minutes sous un linge. Le résultat : un fond doré croustillant, des fruits de mer juteux, du riz al dente. Trois textures dans une bouchée.
« La paella sans socarrat, c'est du riz mouillé dans une poêle. Si tu n'entends pas le riz chanter à la fin, recommence. »
Ce que je propose
Chez La Bonne Paella, la mixte est la recette la plus demandée et c'est aussi celle que je perfectionne le plus. Riz J. Sendra de l'Albufera (importé directement de Valence), gambas rouges de Dénia quand la saison s'y prête (sinon Argentine premium), moules de Galice nettoyées le matin même, poulet fermier suisse, safran en filaments de La Mancha, sofrito maison cuit 40 minutes à feu doux la veille. Cuisson devant vos invités, pas dans une cuisine cachée : la paella se regarde autant qu'elle se mange.
Pour les groupes mixtes (allergies, régimes), je peux compléter la mixte avec une seconde paella végétarienne (artichauts, poivrons, courgettes, haricots verts) en parallèle — supplément forfait CHF 100 pour la deuxième recette, à partir de 10 personnes pour la seconde.
Demander un devis pour une paella mixte
Cuisson en direct devant vos invités, en Suisse romande. Dès 25 personnes. Devis gratuit en 24h.
La mixta n'est pas la valenciana.
Elle est sa cousine qui a vu la mer.

Hector Cabrera Feijoo
Né à Montreux, fils d'un Valencien de Sueca et d'une Galicienne. Depuis 2014, il cuisine la paella en direct devant les invités, partout en Suisse romande — pour des mariages, anniversaires, événements d'entreprise et fêtes privées. Une paella authentique, transmise par son père, accessible à tous.
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