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Las Ñoras : le poivron secret de Murcie

Ce petit poivron rond, séché en chapelet sur la côte méditerranéenne, donne aux paellas leur teinte rouge sombre et leur saveur caractéristique. Et une recette typique en bonus.

Hector Cabrera Feijoo
Chef paellero · La Bonne Paella
·1 mars 2026·7 min de lecture

Las Ñoras. Si vous n'avez jamais entendu ce mot, c'est normal — c'est l'un des secrets les mieux gardés de la cuisine espagnole. Ce petit poivron rond, séché au soleil sur la côte méditerranéenne, est pourtant l'âme de tous les grands riz de la région de Murcie. Sans lui, la paella manque d'une dimension entière de saveur.

Las Ñoras, c'est ce petit poivron rouge à la forme ronde, presque sphérique, à l'aspect desséché. Il est particulièrement cultivé dans la région de Murcie, sur la côte méditerranéenne espagnole, où il trouve son origine. On le laisse sécher au soleil, en chapelet, suspendu aux balcons et aux murs blancs des maisons. Sa saveur douce, presque fruitée, est très appréciée dans la préparation de nombreux plats de la région de Murcie et d'Alicante.

Chapelets de ñoras séchant au soleil sur un mur blanc de Murcie
Ñoras suspendues en chapelets au soleil de Murcie — une carte postale du sud-est espagnol.

Une légende venue du Nouveau Monde

La légende raconte — et peut-être est-ce vrai — que c'est Christophe Colomb en personne qui ramena ces graines du Nouveau Monde et les introduisit en Espagne. Lors d'une visite au Monastère de la Ñora, dans la région de Murcie, il aurait confié les précieuses graines aux moines bénédictins.

« Les moines les cultivèrent dans leur potager. C'est sans doute leur façon de les faire pousser, et le manque d'eau dans la région, qui leur ont donné cette forme de boule. »
— Tradition murcienne

Cette forme particulière lui a valu son surnom local : « la Bola », la boule. Cette variété de poivrons est devenue, au fil des siècles, caractéristique de la région de Murcie — au point d'être protégée aujourd'hui par une appellation d'origine.

Comment déguste-t-on les Ñoras ?

Las Ñoras sont d'une utilisation très versatile. En principe, on les fait frire dans un peu d'huile d'olive et on les déguste à l'apéritif, avec un peu de gros sel — c'est croustillant, sucré-fumé, irrésistible. Elles accompagnent aussi très bien une salade verte ou des légumes grillés.

Mais leur usage principal, c'est l'élaboration de tous les plats à base de riz, propres de la région de la Mar Menor (la « Petite Mer »). Non seulement leur chair donne un goût savoureux et profond au riz, mais elle le colore d'une jolie teinte rouge sombre, presque acajou, qui distingue immédiatement les riz murciens des paellas valenciennes plus dorées.

La technique de réhydratation

Pour utiliser les ñoras, il faut d'abord les réhydrater. Laissez-les tremper dans de l'eau tiède pendant environ 4 heures, ou toute une nuit si vous avez le temps. Elles vont gonfler doucement, retrouver une texture souple et libérer leurs arômes dans l'eau.

Ensuite, à l'aide d'une petite cuillère, raclez délicatement la chair intérieure des ñoras — c'est elle qui contient toute la saveur. Jetez les graines (elles sont amères) et mélangez la chair récupérée avec l'eau de trempage. Vous obtenez une pâte rouge intense, prête à parfumer votre plat.

Paella aux fruits de mer avec sa belle teinte rouge donnée par les ñoras
Cette teinte rouge sombre du riz, c'est l'œuvre des ñoras réhydratées.
Recette

Champignons à la Murciana

Ingrédients
  • 800 g de champignons frais
  • 3 ñoras séchées
  • Quelques tranches de jambon Serrano
  • 1 chorizo piquant (de préférence)
  • 1 oignon moyen
  • 2 gousses d'ail
  • Huile d'olive vierge extra
  • Sel et poivre
Préparation
  1. 1La veille : laisser tremper les ñoras dans de l'eau tiède durant 4 heures (ou toute la nuit) pour qu'elles se réhydratent complètement.
  2. 2Couper l'oignon en dés fins. Dans une casserole, faire chauffer un bon filet d'huile d'olive et faire frire l'oignon doucement.
  3. 3Ajouter les gousses d'ail coupées en tout petits morceaux. Faire dorer un peu, sans les brûler.
  4. 4Ajouter les champignons, lavés et coupés en morceaux ; le chorizo coupé en rondelles épaisses ; et le jambon Serrano coupé en petits dés.
  5. 5Saler, poivrer, remuer. Laisser cuire à feu doux durant 15 minutes, en remuant de temps en temps.
  6. 6À l'aide d'une petite cuillère, racler la chair des ñoras en enlevant les graines, puis la mélanger à son eau de trempage.
  7. 7Ajouter ce mélange à votre préparation. Bien mélanger et laisser cuire encore 5 minutes à feu doux.
  8. 8Servir bien chaud, avec un bon pain de campagne pour saucer. ¡Buen provecho !

Bien plus qu'un colorant naturel

Beaucoup de gens utilisent les ñoras uniquement pour leur couleur, mais c'est passer à côté de l'essentiel. Leur saveur est complexe et subtile : douce comme un piment fruité, légèrement fumée par le séchage au soleil, avec une pointe de noisette en fin de bouche. Elles ne piquent pas — leur cousin guindilla s'occupe de ça.

Les ñoras sont aussi à la base de nombreuses sauces espagnoles — du romesco à Tarragone aux papas arrugadas con mojo rojo des Canaries, en passant par les guisos murcianos. Bref, dès qu'une recette a besoin de profondeur rouge sans le piquant, les ñoras sont là.

Notre engagement

Chez La Bonne Paella, nous importons nos ñoras directement de Murcie, séchées de manière traditionnelle. Elles sont l'un des ingrédients qu'on ne trouve pratiquement nulle part en Suisse — encore moins de cette qualité — et c'est l'une des raisons pour lesquelles nos paellas ont ce goût qu'on ne peut pas obtenir avec des produits du commerce local.

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La Méditerranée espagnole tient dans une petite boule rouge.

Hector Cabrera Feijoo
L'auteur

Hector Cabrera Feijoo

Né à Montreux, fils d'un Valencien de Sueca et d'une Galicienne. Depuis 2014, il cuisine la paella en direct devant les invités, partout en Suisse romande — pour des mariages, anniversaires, événements d'entreprise et fêtes privées. Une paella authentique, transmise par son père, accessible à tous.

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Les points de cet article, en détail

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La réhydratation, pas à pas

On retire la queue et les graines, on fait tremper les ñoras dans de l'eau chaude vingt à trente minutes, puis on gratte la chair côté intérieur avec le dos d'un couteau. C'est cette pulpe qui rejoint le sofrito.

La peau ne se mixe pas bien : jetée telle quelle dans le plat, elle laisse des morceaux coriaces.

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Ce n'est pas du piquant

Sa forme ronde et sa couleur sombre font penser à un piment fort. C'est un poivron doux séché : il apporte une douceur fruitée et une profondeur de couleur, pas de la chaleur.

On peut en mettre plusieurs sans risque pour les convives sensibles au piquant.

Le plus du chef

Bien plus qu'un colorant

La ñora participe à la teinte rouge sombre du sofrito, ce qui lui vaut d'être parfois prise pour un colorant naturel. Sa vraie fonction est aromatique : c'est elle qui donne au fond du plat sa rondeur.

C'est un ingrédient qu'on ne repère pas dans l'assiette mais dont l'absence s'entend — un sofrito sans ñora reste plat.

Le plus du chef

Sachet ou pot hôtelier

Deux à trois ñoras suffisent pour une paella familiale. Un sachet de 25 g couvre plusieurs cuissons ; le pot hôtelier n'a de sens que pour un usage professionnel régulier.

Elles se conservent des mois au sec, à l'abri de la lumière — comme toutes les épices, l'ennemi est l'humidité.

Le lexique de la paella

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Le riz et les ingrédients

Ñora

La ñora est un poivron rond séché au soleil, cultivé principalement à Murcie. On la fait tremper, on gratte sa chair, et cette pulpe rejoint le sofrito. Elle n'est pas piquante du tout : elle apporte une douceur fruitée et une couleur profonde.

C'est un de ces ingrédients qu'on ne repère pas dans l'assiette mais dont l'absence s'entend. Sans ñora, un sofrito reste plat ; avec, il a du fond.

La ñora, poivron de Murcie

Le riz et les ingrédients

Sofrito

Le sofrito, c'est tomate, ail, poivron et pimentón mijotés doucement dans l'huile d'olive jusqu'à ce que l'eau soit partie et que le mélange fonce et confise. C'est la fondation aromatique de toute la paella.

Il ne se bâcle pas. Un sofrito de cinq minutes reste acide et aqueux ; un sofrito de vingt minutes est sombre, concentré, presque sucré. Comme tout le reste se construit dessus, c'est là que se joue la différence entre une paella correcte et une paella dont on se souvient.

Ce que vous verrez : pendant le show-cooking, c'est le moment le plus calme — et celui où l'odeur commence à circuler chez vos invités.

Le sofrito, base de la paella

Le riz et les ingrédients

Pimentón de la Vera

Dans la vallée de la Vera, en Estrémadure, les piments sont séchés lentement au-dessus de braises de chêne pendant une quinzaine de jours, puis moulus à la meule de pierre. Ce fumage est ce qui distingue le pimentón d'un paprika ordinaire.

Il existe en trois versions : dulce (doux), agridulce (aigre-doux), picante (piquant). Nous travaillons le doux — il apporte la profondeur fumée sans imposer de piquant à une table où il y a des enfants.

Le geste : le pimentón se jette dans l'huile hors du feu vif, quelques secondes seulement. Brûlé, il devient amer et le sofrito est perdu.

Le pimentón de la Vera

Le riz et les ingrédients

Tomate râpée

La tomate du sofrito se prépare en coupant le fruit en deux et en le râpant sur une grosse râpe, la peau restant dans la main. On obtient une pulpe fine, sans peau ni morceaux, qui confit régulièrement.

Des dés de tomate resteraient en morceaux dans le riz ; du concentré donnerait une acidité plate. La tomate râpée, mijotée jusqu'à foncer, c'est le geste qui fait la différence.